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CAN 2025/8es de finale Eléphants vs Etalons : Philippe Troussier livre les clefs du match

Ce mardi 6 janvier 2026, sous le coup de 19h, la 35e édition de la CAN Maroc 2025 offre un huitième de finale de rêve. Un duel de voisins, un face à face inédit entre Eléphants et Etalons. Le match de cette CAN qui sera le plus suivi à la fois en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Pour la circonstance, il n’y a pas mieux que le technicien français, Philippe Bernard Troussier, ancien sélectionneur de la Côte d’Ivoire (1993) et du Burkina (1997-1998) pour se prononcer sur l’avant-match. Dans la seconde partie de cette interview exclusive accordée à Letalon.net, « Le Sorcier blanc » analyse le premier tour des Etalons et donne les clefs du choc entre Ivoiriens et Burkinabè.

Letalon.net : Quelle est votre analyse sur les performances des Etalons en phase de groupe ?

Philippe Bernard Troussier : L’analyse de la phase de groupes du Burkina Faso, doit, à mon sens,commencer par le match référence de ce premier tour, la victoire 2-1contre la Guinée Equatoriale.Ce match était très mal engagé puisque le Burkina Faso a été mené1-0. Dans une CAN, ce type de scénario peut faire très malmentalement. Or, les Etalons ont montré une force de caractèreremarquable.Sur le plan défensif, les Etalons s’appuient sur une structure claire etdisciplinée, avec un bloc relativement compact et une bonne gestion dela largeur.La charnière centrale, emmenée notamment par Edmond Tapsoba,constitue un point d’ancrage essentiel. Il y a une vraie lecture du jeu,une capacité à défendre la surface, à gérer la profondeur et à ressortirproprement le ballon sous pression.Sur le plan tactique, l’équipe n’a pas paniqué, n’a pas abandonné sonorganisation. Le bloc est resté structuré, les lignes sont restéescompactes, et le pressing a été progressivement mieux coordonné.Offensivement, les joueurs ont continué à se projeter avec conviction, àmultiplier les appels et à jouer vers l’avant.Des joueurs comme Minoungou, apportent beaucoup d’énergie, decourses, de pressing et de présence dans les zones dangereuses.Le retour au score puis la victoire 2-1 ne sont pas le fruit du hasard mais, d’une progression collective, d’une pression constante et d’unevraie confiance dans le plan de jeu. Ce match a servi de déclencheurmental pour le groupe.Portée par cette victoire renversante, l’équipe a ensuite abordé le matchcontre le Soudan, avec beaucoup plus de confiance. Le Soudan estpourtant une équipe difficile à jouer, bien organisée, disciplinée, quiferme les espaces.Le Burkina Faso a su faire preuve de patience et de maîtrise.Défensivement, l’équipe est restée très solide, avec une charnièrecentrale dominante et peu exposée. Offensivement, les Étalons ont suexploiter leurs temps forts, sans se déséquilibrer. Cette victoire 2-0 estcelle d’une équipe mûre, capable de gérer un match sans s’affoler.Enfin, malgré la défaite 1-0 contre l’Algérie, le Burkina Faso a livré unbon match, très sérieux sur le plan tactique. Face à une des meilleureséquipes du continent, les Etalons sont restés bien organisés, disciplinéset compétitifs jusqu’au bout.L’équipe a bien défendu, limité les espaces, et n’a jamais explosémalgré la qualité offensive adverse.Cette prestation renforce la crédibilité du groupe et confirme que leBurkina Faso peut rivaliser avec les grandes nations africaines.

Letalon.net : Quelles sont les qualités et les failles que vous retenez de ces Etalons ?

Philippe Bernard Troussier : Les Etalons du Burkina ont montré de réelles qualités collectives tout au long de cette phase. Parmi les points forts, je retiens avant tout le caractère et la résilience mentale de cette équipe. Leur capacité à revenir dans un match mal engagé, notamment après avoir été menés, démontre une grande force de caractère et une vraie solidarité collective. L’équipe affiche également une bonne organisation défensive, une discipline tactique intéressante et une capacité à se projeter rapidement vers l’avant, notamment en transition. On sent un groupe engagé, combatif, avec un état d’esprit très positif. En revanche, certaines failles subsistent, notamment dans la gestion des temps forts et des temps faibles. Face à des adversaires de très haut niveau, l’équipe peut parfois manquer de maîtrise dans la conservation du ballon et dans la gestion du rythme du match. Il y a également encore des axes de progression dans la précision technique et l’efficacité offensive, qui pourraient permettre de mieux capitaliser sur les situations créées. Dans l’ensemble, ces Étalons présentent un profil solide, courageux et en progression, avec une marge d’amélioration intéressante pour franchir un nouveau palier face aux grandes nations du continent.

Letalon.net : Qu’est-ce qui pourrait faire la différence ou être la clé dans le match Côte d’Ivoire vs Burkina Faso ?

Philippe Bernard Troussier : Il s’agit d’un derby ouest-africain, presque fraternel, entre la Côte d’Ivoire et les Etalons du Burkina.On retrouve des similarités évidentes sur le plan athlétique, avec desjoueurs puissants, rapides, capables de répéter les efforts. En revanche,il existe de subtiles différences dans l’approche collective et mentale.Le Burkina Faso apparaît aujourd’hui comme une équipe peut-être plusorganisée, plus disciplinée, plus compacte, plus rigoureuse dans sonanimation défensive, avec un bloc souvent bien équilibré. On sentégalement une motivation très forte, nourrie par un sentiment de défi etde revanche symbolique. Pour le Burkina, battre la Côte d’Ivoirereprésenterait une véritable affirmation de suprématie régionale, unmarqueur fort dans l’histoire récente du football ouest-africain.A l’inverse, du côté Ivoirien, la pression est réelle. Perdre face auBurkina serait difficilement acceptable, surtout au regard du statut, dupalmarès et du rôle historique de la Côte d’Ivoire dans la région. Enrevanche, une victoire serait presque considérée comme “normale”, cequi place les Eléphants dans une position délicate sur le plan psychologique, beaucoup à perdre, relativement peu à gagner.Sur le plan tactique et stratégique, pour la Côte d’Ivoire, l’objectif sera probablement d’imposer le rythme,de jouer haut, avec une volonté de domination territoriale et d’exploiterles qualités individuelles dans les duels, notamment sur les côtés etdans les zones intermédiaires.Le danger pour les Ivoiriens serait de se découvrir excessivement,laissant des espaces dans le dos de la défense.Les Etalons devraient s’appuyer sur un bloc compact, une bonnedensité axiale et des transitions rapides. Leur stratégie pourraitconsister à laisser le ballon à l’adversaire, puis à exploiter la moindreperte de balle ivoirienne.Les coups de pieds arrêtés et les fins de match pourraient égalementêtre des moments clés.Au final, bien sûr, la technique et la tactique compteront, mais ce matchpourrait surtout se jouer sur le registre mental. La résilience, la capacitéà résister à la pression, à rester lucide dans les moments difficiles, sontdes qualités que le Burkina a déjà montrées et qui peuvent clairementdéjouer les pronostics.

Letalon.net : Philippe Bernard Troussier serait-t-il prêt à revenir servir le football burkinabè si on lui faisait appel ?

Philippe Bernard Troussier : La mission qui m’a été confiée en 1998 reste, pour moi, l’une des plusabouties de toute ma carrière internationale, à la fois sur le plan sportif,humain et en termes de résultats.Cette aventure avec le Burkina a été extrêmement forte. J’y ai puisé uneénergie particulière, notamment dans la préparation de l’équipe, et j’aieu la grande satisfaction de découvrir des joueurs qui, à l’époque,n’étaient pas reconnus sur la scène internationale, mais qui présentaientdéjà de grandes qualités techniques, tactiques, physiques et mentales.Ces joueurs ont d’ailleurs pleinement confirmé lors de la CAN 98organisée au Burkina Faso.Cette compétition a constitué une véritable fenêtre ouverte sur le monde, le football international a alors pris conscience de la qualité, du talent et du potentiel des joueurs burkinabè. Ce tournoi a marqué un tournant dans la reconnaissance du Burkina sur la scène continentale. Aujourd’hui, le Burkina Faso fait clairement partie des nations majeures du football africain. Il s’est installé dans la durée, avec une identité forte, et il montre désormais une ambition légitime vers la Coupe du Monde, ambition que j’espère voir se concrétiser dans les années à venir. Pour ce qui me concerne, après un parcours de globetrotter du football, revenir servir le Burkina représenterait, pourquoi pas, une très belle manière de mettre un point final à ma carrière internationale. Ce serait une motivation immense. Que ce soit dans un rôle de conseiller, de structuration, ou même à travers une mission directe à la tête de la sélection, l’idée de contribuer à un projet fort, avec l’objectif assumé d’emmener le Burkina vers une Coupe du Monde, serait pour moi une source d’enthousiasme et d’engagement total.

Interview réalisée par Antoine BATTIONO (www.letalon.net)

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