Journaliste de formation, spécialiste en management des médias et propriétaire d’un groupe de presse régional à Ségou, Moustaph Maïga est aujourd’hui, un des acteurs incontournables du sport malien. Depuis quelques années, il gravit les échelons dans l’administration et la gestion du football. C’est dans ce sens qu’il a présidé aux destinées d’un petit club de la ville de Ségou, Balanzan AC, sans véritable ambition, avant de créer, par la suite, son club, Office du Niger Sports en 2011 qui accède en première division neuf mois plus tard. Entre-temps, Moustaph Maïga est élu président du District de Ségou (2011-2015) puis décide de ne pas se représenter. En 2022, il est élu président de la Ligue de Ségou. Dès le début de son mandat, Moustaph Maïga essaie d’apporter sa touche pour le développement du sport roi dans la région de Ségou et au Mali de façon générale. Ainsi, il initie la coupe de la Ligue de Ségou dont la troisième édition vient de se dérouler. Cet homme s’est prêté au jeu des questions et réponses avec Letalon.net sur cette compétition ainsi que la guéguerre entre la FEMAFOOT et le ministère malien en charge des sports.
Letalon.net : Quels sont les sentiments qui vous animent au lendemain de l’organisation de la troisième édition de la coupe de la ligue de Ségou ?
Moustaph Maïga : Le sentiment qui m’anime est celui d’un dirigeant sportif qui a lié l’acte à la parole. En Août 2022, quand nous prenions les rênes de l’instance sportive régionale du football, nous avions promis aux acteurs sportifs de transformer notre football par trois expressions : redressement, renaissance et renouveau, le fameux 3R de notre programme de campagne. Figurez-vous que pendant 13 ans de gestion de nos prédécesseurs, la saison sportive qui commence officiellement le 1er Octobre, et se termine le 30 Juin de l’année suivante, nos compétitions se limitaient juste à deux (les éliminatoires de la coupe du Mali avec la phase Ligue et le championnat régional). Celles-ci ne commençaient qu’en février ou mars, soit 5 ou 6 mois après l’ouverture de la saison. Nous avions promis de quitter ces sentiers battus. Et Dieu merci, depuis 3 saisons sportives que nous sommes là, les compétitions démarrent le premier jour d’octobre avec un Super tournoi d’ouverture, continuent avec la coupe de la Ligue dont vous faites cas, la coupe du Mali, différentes coupes, comme la coupe JEM Mali, le tournoi de Noël, le championnat des jeunes, celui des dames, le futsal en s’achevant avec la ligue 2 régionale. Donc, c’est une fierté pour nous d’être à 3 éditions de cette coupe de la Ligue.
Trois éditions après, quels sont les enseignements que vous en tirez et quelle est la plus-value ?
Les enseignements qu’on peut tirer c’est que si on veut on peut ; les Ségoviens accompagnent les initiatives ; les autorités accompagnent les acteurs sportifs qui décident de l’épanouissement des jeunes. Une plus-value, par exemple, est la finale de la 3e édition où tout le Comité Exécutif de la FEMAFOOT a fait le déplacement de même que 4 Ligues de Football sur 9 qui existent au Mali, soit plus d’une majorité à Ségou si on m’y ajoute. Ce fut la plus grande fête sportive de Ségou car inédite !
En tant que président d’une Ligue Régionale, comment vivez-vous le fonctionnement de la FEMAFOOT dont le président est toujours détenu en prison ?
C’est complexe. Complexe dès lors que c’est une affaire extra sportive qui le prive de ses mouvements. Or, tant qu’il n’est pas condamné, on n’a pas le droit de l’exclure du football pour éviter une jurisprudence dans le fonctionnement de notre association nationale sinon si c’était une affaire de Football, nos organes juridictionnels et disciplinaires auraient géré facilement la situation. Donc, cela joue un peu sur le fonctionnement de la faîtière. Mais nous gérons de manière que les conséquences ne se déteignent pas sur nos activités.
Comment expliquez-vous cette guéguerre entre la FEMAFOOT et le ministère en charge des sports autour de la gouvernance de la faitière du football malien et de cette question d’audit ?
Je la juge sur la manière de l’interprétation des textes car chacun a ses textes en sa faveur mais dans un différend, les deux parties ne peuvent pas toutes avoir raison. Un exemple patent. Le Ministère des Sports a des textes de 2017 pour réaliser ce qu’il veut faire. C’est une Loi générale. La FEMAFOOT brandit son Statut particulier de 2021 qui lui interdit de voir des tiers ou surtout des politiques s’ingérer dans sa gestion. Donc, tout le monde a raison mais de façon précise, un Statut particulier prime devant un Statut général. Une Loi spéciale prime devant une Loi générale. C’est comme en football où il y a les Règlements généraux. Mais, lorsqu’on organise une compétition, on définit un Règlement spécial à sa guise. Et c’est cela qui prime dans la compétition, personne ne viendra dire par exemple que s’il y a égalité au score on va aux prolongations, dès lors que le règlement spécial a dit qu’on joue directement les tirs aux buts. Même au niveau des Etats, il y a une Loi générale pour les fonctionnaires toutes catégories mais, on voit bien que des corporations se créent des Statuts particuliers et deux promotionnaires peuvent ne pas avoir le même salaire parce qu’ils sont de statut différent (l’un profite du Statut particulier du Magistrat par exemple et l’autre est du général des Fonctionnaires…).
Prévue pour se tenir le 28 février dernier, l’Assemblée générale extraordinaire de la FEMAFOOT va finalement avoir lieu le lundi 17 mars 2025 après des échanges tendus de correspondances entre celle-ci et la Direction nationale des sports et de l’éducation physique. Qu’est-ce qui a expliqué ce désaccord ?
Le désaccord fait suite à certains changements dans les textes. Pour le ministère, saisi par d’autres acteurs sportifs, la fédération veut changer les règles du jeu pour faire profiter une situation au président incarcéré, notamment son absence à plusieurs réunions alors qu’à six déjà, le poste est vacant. La fédération veut remplacer cette disposition avec l’expression, en cas de force majeure.
Ne craignez-vous pas qu’avec tout ce remue-ménage, le football malien bascule vers une autre normalisation ?
Ce n’est pas le vœu de tous ceux qui sont conscients que ceci va faire régresser notre football. Une normalisation n’ayant jamais été une panacée, la preuve, celle de 2017 nous a amené où ? Mais c’est le souhait de ceux qui sont incapables de gagner l’élection par les urnes.
Pensez-vous à un remède qui pourrait contribuer à un véritable apaisement du football malien ?
Un bon remède est d’organiser un véritable forum de réconciliation où tout le monde (acteurs sportifs et journalistes sportifs qui attisent le feu) viendront se dire les vérités, reconnaître chacun son mea-culpa et se pardonner car notre monde est un petit monde. Ce sont les mêmes acteurs qui tournent depuis 2002 ; chacun a géré et en a créé des abus et fait des victimes. Ce sont ces victimes qui se retournent face à leurs bourreaux d’hier. Donc, la meilleure manière d’éviter ce cycle infernal, c’est de s’asseoir pour de vrai, ressasser les 10 ans de mauvaise gestion de chacun, reconnaître les fautes, s’excuser et jurer que pour un nouveau départ, on ne reviendra plus sur ça !
Entretien réalisé par Jean De La Croix OUATTARA





